Dans de nombreux métiers, la question de la performance est centrale et génère ainsi un ensemble de bonnes pratiques professionnelles : dans la sécurité, la productivité, la santé au travail, l’intelligence collective, la gestion des conflits, etc…

Cette partie vise à recenser des pratiques intéressantes à retenir et à inclure peut – être dans d’autres milieux professionnels.

L’essentiel : lors d’une activité, il existe des phases critiques où l’erreur en survenant peut engendrer un évènement potentiellement grave.

D’ où la nécessité de renforcer la sécurité dans les procédures appliquées en se centrant uniquement sur la tâche en cours et interdire toutes sources de distractions possibles (échanges sans rapport avec l’activité, bruits de fond, etc…)

 

Pour aller plus loin :

À la suite d’un accident aérien, la FAA (Fédéral aviation administration) décide d’inclure une procédure s’appliquant aux pilotes, visant à rester concentré sur leur activité en cours et ce en lien un risque de survenue d’évènements graves par inattention.

 Elle stipule :

 « La loi demande aux pilotes de se concentrer entièrement sur « leurs activités opérationnelles essentielles » et « d’éviter les conversations non essentielles », rapporte The Sun.

 Il interdit également aux membres d’équipage ou aux pilotes de « prendre leurs repas et d’entretenir des communications non essentielles avec les équipages de cabine.

 Il est indiqué que cette règle s’applique au-dessous de 10 000 pieds et pendant le roulage, le décollage et l’atterrissage

 Les procédures de poste de pilotage stériles sont destinées à attirer davantage l’attention des membres de l’équipage de conduite sur leurs activités opérationnelles essentielles lorsque leur alerte ciblée est nécessaire », lit-on dans le code, qui s’applique à toutes les autorités aéronautiques. »

 Source : https://www.news.com.au/travel/travel-advice/health-safety/the-horror-1974-crash-that-led-to-ban-on-cockpit-chitchat/news-story/ceff846e231d53752929998969f913fb

  Et ainsi d’autres métiers réfléchissent à l’inclure dans leurs procédures.

 Par exemple les chirurgiens :

 « Certains chirurgiens, spécialisés dans la réanimation post-traumatique, voudraient même ne voir absolument personne dans la salle d’opération ! Le docteur Stephen Smith, chirurgien thoracique à Wich…

 Certains chirurgiens, spécialisés dans la réanimation post-traumatique, voudraient même ne voir absolument personne dans la salle d’opération ! Le docteur Stephen Smith, chirurgien thoracique à Wichita (Université du Kansas) a même exposé dans le Journal of Trauma un concept médical original venu de l’aéronautique, celui du « cockpit stérile ». En effet depuis 1981, l’aviation civile a établi des règles pour diminuer les accidents. Toute distraction, toute conversation inutile, toute présence humaine superflue est interdite dans les cockpits. Smith et ses collègues estiment que le bloc ou la salle d’urgence doivent aussi être « stérilisés », parce que les gestes médicaux, les réflexions diagnostiques et les décisions à prendre par les médecins sont aussi prenants que le travail d’un pilote. « Les équipes médicales d’urgence, comme les pilotes d’avion, doivent ingurgiter de grandes quantités de données en un court laps de temps. Toute distraction, comme des proches posant des questions, émettant des opinions, risque de mettre en danger la réussite des manœuvres d’urgence.

Mais en dehors de ces épisodes aigus, et en France la loi est précise sur ce point, la présence et l’information des familles sont bienvenues et requises. »

 Source :http://www.lefigaro.fr/sciences/2006/06/19/01008-20060619ARTFIG90072-certains_chirurgiens_defendent_le_concept_de_cockpit_sterile_emprunte_a_l_aeronautique.php

 Dans le domaine des soins infirmiers, nous observons plusieurs contextes à risque d’erreur.

 Par exemple : En salle de soins : lors du relevé d’une prescription médicale ou de sa préparation, la sonnerie du téléphone qui vient interrompre l’activité du professionnel, une collègue qui vous parle sur toute autre chose que l’activité en cours, la présence d’un bruit de fond…C’est-à-dire une multitude de stimuli source d’inattention et par voie de conséquence source d’erreurs.

 Et selon l’HAS : « Les interruptions de tâche lors de l’administration des médicaments sont des situations banalisées qui souvent font partie du quotidien et auxquelles les professionnels se sont habitués.

Pourtant un grand nombre d’entre elles sont des situations à risques d’erreurs.

 La prise en compte de la culture de sécurité de l’équipe, de son fonctionnement, et de l’organisation du travail, sont autant de facteurs à prendre en compte pour permettre une prise de conscience et faire identifier les situations les plus à risque pour lesquelles des actions collectives seront mises en œuvre. »

 Source : https://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_2618396/fr/interruptions-de-tache-lors-de-l-administration-des-medicaments

 Cette pratique du cockpit stérile est intéressante comme processus visant à maintenir une attention active et orientée vers l’activité en cours.  Elle est déjà proposée par l’HAS quand il est préconisé de porter un identifiant (gilet de couleur, brassard) lors de la préparation médicamenteuse et ainsi de montrer de ne pas venir perturber le travail en cours et de n’échanger avec l’opérateur que ce sur quoi il est nécessaire sur l’activité en cours, sauf urgence réelle à traiter.

A consulter : Un dossier de l’HAS sur l’interruption de travail et sa prévention.

 < Partie 1. Les préconisations

1. Comprendre l’interruption de tâche

Comprendre et analyser l’IT en équipe pluriprofessionnelle.

Doivent être pris en compte :

 ‰ Le secteur d’activité́ et l’environnement :

Surface et agencement, nombre de professionnels,

horaires de travail, ergonomie, équipements.

Les facteurs humains et organisationnels :

Culture de sécurité, travail en équipe, communication, stress,

confiance, etc.

 ‰ Les caractéristiques de l’IT :

le moment de l’interruption

Quelles étapes du processus sont interrompues ?

  l’interrupteur

Quelle est la source, cause de l’IT ?

  la localisation

Quel est le lieu où se produit l’IT ?

  la justification de l’IT

  Quelle est la priorité́ de la tâche secondaire en regard de la tâche initiale ?

 L’analyse de l’IT doit conduire à identifier les actions de prévention ainsi que les actions de récupération de l’IT.

2. Prévenir pour agir sur l’interruption de tâche Les barrières de prévention

 Améliorer les étapes du processus d’administration des médicaments

Rationaliser le processus en éliminant les étapes sans valeur ajoutée.

Identifier les étapes critiques du processus, dont les tâches à risques qui ne devraient pas être interrompues (exemples : la transfusion, le calcul de dose).

Comment ?

  Décrire la pratique réelle de l’administration avec la prise en compte des espaces de travail, des horaires définis pour réaliser certains actes, le nombre de personnels présents et des autres activités environnantes.

Evaluer la charge de travail, les pics d’activité pour identifier les « zones horaires » à risque (exemple : planifier au moment opportun la préparation des médicaments).

  Améliorer le travail en équipe

Sensibiliser et éduquer les professionnels qui doivent pouvoir

     refuser de se laisser interrompre.

  Sensibiliser les patients et l’entourage.

  Agir sur les comportements et la culture du service.

  S’interroger en équipe sur la notion d’urgence.

  L’équipe met en place une organisation permettant de répondre aux attentes du patient à tout moment.

Outils de sécurisation et d’auto-évaluation de l’administration des médicaments– L’interruption de tâche lors de l’administration des médicaments

Partie 1. Les préconisations

 Comment ?

 Mener des séances d’information, mettre les professionnels en situation.

 Diffuser des supports de sensibilisation et d’information pour le patient/l’entourage, tels que la remise de flyers, d’affiches, l’intégration d’information sur le fonctionnement du service dans le livret d’accueil.

 Identifier les sources d’IT pour agir et définir collectivement des actions relatives à la gestion des demandes non urgentes.

 Faire du partage d’expérience relatif à la survenue d’événements indésirables en raison d’IT.

 Développer un programme qui permet d’agir sur les comportements et la culture du service (exemple : programme d’amélioration du travail en équipe – Pacte).

Agir sur les sources d’IT

Identifier les sources d’IT (humaines, bruit environnant, appels téléphoniques, multitâche, etc.)

Que pourriez-vous faire ?

 Confier la gestion des IT à une personne non impliquée dans le processus durant l’étape d’administration. Aménager l’espace-temps dédié́ aux échanges (de professionnels à professionnels ou patients/entourage à professionnels).

 Préparer et vérifier le matériel en amont d’une tâche.

 Repenser l’ergonomie pour éviter notamment les déplacements inutiles durant lesquels on risque de se faire interrompre.

 Evaluer le bruit ambiant, dont les alarmes.

 Evincer le téléphone de certaines zones à certains moments.

  Mettre en place des actions permettant le repérage de la personne réalisant une tâche qui ne doit pas être interrompue

Mettre en place des alertes visuelles.

Que pourriez-vous faire ?

 Afficher « Ne pas déranger ».

 Afficher le début et la fin d’une tâche qui ne doit pas être interrompue.

 Port de brassard ou de gilet signifiant.

Matérialiser une zone protégée

Que pourriez-vous faire ?

 Réaliser un marquage au sol.

 Mettre en place des cloisons transparentes ou semi transparentes.

 Fermer la salle de préparation des médicaments.

 Dédier une salle à la préparation des médicaments.

 Parler à voix haute lors de la réalisation d’une tâche identifiée comme à risque (exemple : programmation de pompe) pour soi-même et pour son entourage.

Outils de sécurisation et d’auto-évaluation de l’administration des médicaments– L’interruption de tâche lors de l’administration des médicaments.

3. Récupérer pour agir sur l’interruption de tâche

Récupérer une tâche interrompue Comment ?

Repérer le point précis de son interruption, par exemple à l’aide d’une liste de contrôle.

Recommencer au point précis de l’interruption si celui-ci est connu.

Si ce point est inconnu, reprendre entièrement la tâche.

La personne qui interrompt aide le professionnel interrompu à reprendre sa tâche. »

 Source :https://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/2016-03/guide_it_140316vf.pdf

 

CRM : Crew Resource Management. 

” Depuis de nombreuses années, l’analyse des causes profondes met en avant le facteur humain et notamment le travail en équipe comme un enjeu pour la sécurité du patient. C’ est un moyen d’accroître les performances de l’équipe en se focalisant sur les attitudes et comportements et leurs impacts sur la sécurité des patients ; c’est une occasion de mettre en avant des savoirs, des pratiques, des comportements notamment sur :

  • La communication   (échanges d’informations compréhensibles par tous, partages, etc.)
  • Le soutien mutuel  (entraide, respect, et redistribution tache, etc.)
  • L’évaluation de la  situation et feed-back (capacité d’alerte, oser prendre la parole, anticiper, s’entraîner environnement, etc.)
  • Le leadership  (coordination, attribution, valorisation etc.) ” (HAS, 2018)